Elle ouvrit difficilement les yeux. Sa tête lui faisait mal, sa hanche aussi. Elle ne tenta même pas de se lever tout de suite ; elle préférait attendre de se sentir plus en forme. Parfois, elle pouvait rester plus d’une heure allongée sur le dos, comme paralysée, à fixer le plafond en attendant que ses douleurs se calment.
Elle fit glisser faiblement le bout de ses doigts sur son bassin et retira sa main dans un sursaut. Les larmes lui montèrent aux yeux tandis qu’elle tentait de se remémorer la façon dont elle avait encore pu se blesser. Ses souvenirs étaient flous. La certitude lui paraissait être un concept abstrait, un sentiment inexistant. Elle se réveillait seule dans ce lit et n’était même pas persuadée de s’y être couchée accompagnée. Pourtant, à sa gauche, négligemment accrochés à la poignée de la porte de sa salle de bain, se trouvaient un sweat noir et un pantalon de survêtement.
Son corps était raide et froid, ses yeux étaient secs, et sa bouche, pâteuse. Le bourdonnement incessant de la chaudière lui semblait plus fort qu’à l’accoutumée, et elle s’imaginait entourée d’un millier de guêpes hostiles. En se concentrant, elle pouvait même sentir de légers brassages d’air contre la peau de son visage, et des piqûres dans son cou. Elle n’avait pas peur. Elle se sentait d’ailleurs plutôt rassurée de parvenir à s’infliger une douleur physique sans que quoi que ce soit ne la touche. C’était pour elle la preuve qu’elle était encore bien vivante.
Elle prit alors une profonde inspiration et se força à se relever. Elle manqua de hurler tant sa tête lui lançait, et l’élastique de sa culotte s’enfonçant dans l’os de sa hanche lui fit tourner de l’œil. Elle persévéra néanmoins et posa ses pieds à terre. Elle prit appui sur ses bras, et, lorsqu’elle fut persuadée d’avoir réussi à se tenir debout, ses genoux décidèrent d’abdiquer. Dans un bruit sourd, elle s’effondra sur le sol en entrainant la lampe de chevet dans sa chute.
La neige tombait. Le parquet était glacial et une légère couche de glace le recouvrait. Le bruit de la chaudière donnait à cet instant une ambiance lugubre.
Le visage couvert de larmes et tourné vers le dessous de son lit, elle avait devant les yeux le corps nu de Gabriel.
L’homme idéal n’existe pas… pourtant, en mixant une partie soigneusement sélectionnée des mecs que je connais, je suis sure que je pourrais le créer, mon homme idéal à moi. Sans partir dans un trip à la May, il y a quelques garçons dans ma vie qui ont chacun ce petit truc spécial et tellement parfait qui me fait presque regretter que le reste ne le soit pas autant.
Il y a, dans ce lot, le mec qui m’empêche de garder ma culotte en place dès la minute où je suis seule avec lui. J’ai beau résister du mieux que je peux, si j’ai réussi à lui dire « non » une fois, c’est parce-que j’ avais plus ou moins la tête sous la guillotine.
C’est une prise de conscience assez étrange que de me dire qu’au final, la loi du sexe n’est pas qu’une légende urbaine qu’on ne retrouve que dans les romans glauques d’écrivains alcooliques. Je viens d’avoir 24 ans, et je viens de réaliser à quel point ce mec-là me fout dedans.
Pourtant… on se connait depuis quatre ans maintenant. Ce n’est absolument pas comme si je venais de le rencontrer et que je prenais conscience de mon nouveau et inhabituel statut de jeune femme célibataire, prise de conscience qui pourrait en toute logique me pousser à réfléchir avec mon vagin. Non. Je l’ai connu, j’étais en couple heureux avec Olive. Je l’ai vu pour la première fois, j’étais en couple heureux avec Joe. Et aujourd’hui, je n’ai personne à qui rendre de compte ; ça a pour avantage de me faire déculpabiliser. Par contre, ça a aussi tendance à me pousser à me laisser aller à ressentir sans barrières. Ce sont donc des sensations non bridées que je me prends en pleine gueule ces derniers temps. Un trop plein. Et qui dit trop plein d’émotions, dit trop plein de réflexions. Je reviendrai peut-être là dessus plus en détails plus tard, qui sait les tours que me jouera mon ventre plus tard…
J’aime prendre les gens que j’apprécie en photo… et lorsque je le fais, je suis pourtant rarement dans les meilleures conditions pour faire des photos propres : en général, elles sont aussi nettes que moi, c’est à dire pas du tout. Un peu (beaucoup ?) d’alcool dans le sang, des endroits où on évite de trop sortir un appareil photo hors de prix de son sac, peu voire pas de lumière, parfois les trois en même temps…
Oui mais, quelques jours plus tard je les sors, je les regarde, j’ai un petit pincement au cœur vis-à-vis de ces moments que j’ai passé avec eux, et je ressens plein d’amour pour ces gens et les souvenirs qu’ils m’apportent. Mes photos ne sont pas toujours réussies, mais moi je les trouve belles pour ce qu’elles représentent pour moi, je trouve ces gens incroyablement beaux aussi, je deviens amour et mon regard en est tellement rempli que ma vision se trouve faussée. Mais c’est aussi ça, la photo, l’art de l’image… on sort des sentiers académiques pour mieux faire parler l’émotion au lieu de la technique.
Je viens de rentrer de ces quelques jours à Paris… et me voilà en train de sortir une photo que personne n’appréciera comme je l’apprécie… elle est ratée, comme à peu près toutes mes photos de ces derniers jours, mais je la regarde, et je me sens comme à chaque fois que je sors ce genre de photo : nostalgique et amoureuse de ce (ceux ?) que la vie m’a apporté.

Little Davy
J’ai réouvert ce blog il y a 10 mois. C’est incroyable comme ça passe vite et en même temps lentement…
Dix mois, c’est si peu, mais tout à changé plusieurs fois. Pourtant, j’ai l’impression qu’il s’est écoulé bien peu de temps. C’est un paradoxe qui s’emboîte malgré tout logiquement dans ma tête… étrange.
J’étais à Paris. Je suis à Lille. J’étais en couple. Je ne le suis plus. J’avais des revenus. Je n’en ai plus. J’étais perdue. Je suis consciente. Je n’avais pas d’animaux. J’en ai neuf. J’étais fragile. Je suis en bonne santé. Je grossissais. Je perds du poids. J’étais omnivore. Je suis végétarienne impliquée. Je me sentais solitaire. Je suis sociable.
La liste est longue.
J’ai relu tout ce que j’ai publié, et j’ai eu la sensation de visualiser un graphique.
Je n’ai que 24 ans, c’est jeune. Cependant, j’ai l’impression d’avoir du vécu.
C’est fou tout ce qu’on peut accumuler dans une vie, à tous les niveaux…







